À travers la France et une grande partie de l’Europe, les transactions quotidiennes ne sont plus définies par les pièces dans votre poche ou les billets dans votre portefeuille. Des cafés de Paris aux stations de métro de Lille, tapoter une carte ou scanner un téléphone est devenu une seconde nature. Les portefeuilles numériques et les systèmes sans contact chassent l’argent liquide de la circulation, remodelant la façon dont les gens paient, économisent et même donnent des pourboires. Pourtant, à mesure que cette transition s’accélère, des questions sur le contrôle, la sécurité et l’accès suivent de près. Sommes-nous vraiment prêts à abandonner complètement l’argent physique ?
Une transition au-delà des cartes : de nouveaux acteurs dans le monde sans argent liquide
Le passage à une société sans argent liquide ne consiste pas seulement à utiliser plus souvent les cartes de crédit. Ce qui change, c’est toute l’infrastructure derrière les finances personnelles. En France, des services comme Paylib et Lydia ont connu une croissance rapide, tandis que des applications mondiales telles qu’Apple Pay, Google Pay et Samsung Wallet sont désormais intégrées dans les routines quotidiennes. Les utilisateurs comptent sur ces plateformes non seulement pour les paiements de détail, mais aussi pour les transferts de pair à pair, les achats en ligne et les transports.
Les portefeuilles numériques sont souvent loués pour leur rapidité et leur commodité, mais ils reflètent également une poussée plus large vers des écosystèmes de paiement automatisés et intégrés, où le paiement se fait en moins d’étapes et avec moins de friction. Cela est clairement visible dans des domaines comme les jeux et le divertissement. Par exemple, un casino crypto en ligne pourrait permettre à un joueur de créditer instantanément son compte avec des actifs numériques stockés dans un portefeuille connecté. Ces plateformes soulignent à quel point les outils de paiement rapides et fluides sont devenus un élément central de l’interaction en ligne. Non pas quelque chose que les utilisateurs tolèrent, mais quelque chose qu’ils attendent.
L’état de l’argent liquide en France et dans l’UE
En 2022, la Banque centrale européenne a signalé qu’environ 59 % de toutes les transactions au point de vente dans la zone euro étaient encore effectuées en espèces. Cependant, il s’agissait d’une baisse marquée par rapport aux niveaux d’avant 2019, et le changement s’est accéléré depuis. En France, seulement 50 % des achats en personne ont été effectués en espèces la même année, contre près de 70 % en 2016.
Les efforts des gouvernements pour soutenir les paiements numériques comprennent des plafonds sur l’utilisation des espèces dans de nombreux pays de l’UE. En France, par exemple, les paiements en espèces pour les transactions commerciales sont limités à 1 000 € lorsque l’acheteur est résident. La raison ? Réduire la fraude fiscale et améliorer la traçabilité financière. Pourtant, les critiques soutiennent que des limites strictes sur les espèces pourraient nuire aux personnes âgées, aux personnes non bancarisées et à celles qui préfèrent l’anonymat de la monnaie physique.
Pendant ce temps, les banques centrales expérimentent les monnaies numériques de banque centrale (MNBC). La Banque de France a mené plusieurs programmes pilotes testant un euro numérique. Bien qu’il ne soit pas destiné à remplacer entièrement l’argent liquide, l’euro numérique pourrait à terme devenir un moyen de paiement légal pour les citoyens de l’ensemble du bloc, réduisant davantage le rôle des pièces et des billets dans la vie quotidienne.
Les portefeuilles numériques comme nouveaux comptes bancaires ?
À bien des égards, les portefeuilles comme Apple Pay et Google Wallet deviennent des passerelles modernes vers la finance personnelle. Ils stockent non seulement les identifiants de paiement, mais aussi les cartes de fidélité, les cartes d’embarquement, les billets d’événements et même les clés de voiture. Pour la génération Z et les Millennials, en particulier, ces plateformes agissent de plus en plus comme des centres financiers légers.
En France, Lydia est l’un des meilleurs exemples. Lancée à l’origine comme une application de paiement de pair à pair, elle fonctionne désormais comme un outil financier complet avec la budgétisation, le partage de factures, les cagnottes d’épargne et même le trading d’actions. Plus de 6 millions d’utilisateurs ont téléchargé l’application, ce qui en fait l’un des services fintech les plus populaires du pays.
Les banques traditionnelles ont réagi en développant leurs propres applications et en s’associant avec des fournisseurs de portefeuilles numériques. BNP Paribas et le Crédit Agricole offrent désormais une compatibilité avec Apple Pay et Google Pay, et beaucoup prennent également en charge les fonctionnalités de virement instantané. L’idée est de rester pertinent dans un espace qui passe des agences physiques aux icônes d’applications sur un smartphone.
Confidentialité, sécurité et contrôle : les nouveaux compromis
La commodité des paiements sans numéraire a un coût, un coût souvent mesuré en données. Chaque tapotement, scan ou balayage génère un enregistrement de transaction. Bien que la plupart des services de portefeuille numérique promettent le chiffrement et la tokénisation, les utilisateurs transmettent toujours des données comportementales précieuses en échange de paiements plus rapides et de récompenses de fidélité.
Ce compromis devient une préoccupation majeure en Europe. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) de l’UE donne aux consommateurs le droit de savoir quelles données sont collectées et comment elles sont utilisées, mais la mise en œuvre réelle varie. Les alternatives axées sur la confidentialité comme Swile, qui combine les avantages sociaux des employés, les cartes prépayées et les titres-restaurant, offrent plus de contrôle, bien qu’elles fassent toujours partie d’un système où les habitudes d’utilisation peuvent être suivies.
La sécurité est un autre domaine où l’argent liquide conserve son attrait. Bien qu’il puisse être perdu ou volé, il ne dépend pas d’une alimentation électrique, d’une connexion internet ou d’un mot de passe fonctionnel. Les systèmes numériques, en revanche, sont confrontés à des menaces telles que le phishing, l’échange de carte SIM et le vol de portefeuille via des logiciels malveillants. Des services comme Apple Pay atténuent cela grâce à la connexion biométrique, mais des vulnérabilités subsistent, en particulier lorsque les comptes liés manquent d’authentification à deux facteurs ou reposent sur des mots de passe faibles.
Qui est laissé pour compte ?
L’une des critiques les plus vives du passage au tout numérique est qu’il risque d’exclure une partie de la population. Tout le monde ne possède pas un smartphone, n’a pas une connexion de données fiable ou ne se sent pas à l’aise avec l’utilisation d’applications financières. Les personnes âgées, les communautés rurales et les ménages à faible revenu dépendent souvent de l’argent liquide non seulement par habitude, mais aussi parce que l’accès numérique est inégal ou coûteux.
En France, le gouvernement a reconnu cet écart. La Banque de France maintient une politique officielle d’inclusion des espèces, exigeant de tous les commerçants qu’ils acceptent les espèces et de toutes les banques qu’elles donnent accès à la monnaie physique. Pendant ce temps, plusieurs villes ont résisté à la fermeture des distributeurs automatiques de billets et des agences bancaires locales, citant la nécessité de la disponibilité des espèces locales.
Dans le même temps, des efforts sont faits pour fournir des alternatives publiques aux portefeuilles numériques commerciaux. L’euro numérique proposé, par exemple, serait émis et géré par la Banque centrale européenne, sans frais et avec des règles strictes de confidentialité des données. S’il est mis en œuvre correctement, il pourrait constituer un point d’entrée plus sûr et plus accessible pour les utilisateurs qui se sentent exclus de la vague fintech.
L’absence d’argent liquide ne signifie pas l’absence de coût
Un autre défi avec les portefeuilles numériques est le coût caché de la commodité. Les processeurs de paiement comme Visa et Mastercard facturent des frais aux commerçants, ce qui peut indirectement affecter les prix. Les plateformes plus récentes, en particulier les portefeuilles basés sur la cryptomonnaie ou les services de néobanque, ont souvent des structures à plusieurs niveaux, avec des limites de transaction, des frais de change ou des modèles d’abonnement intégrés.
Dans le commerce de détail et la restauration, certaines petites entreprises préfèrent toujours l’argent liquide pour éviter ces frais. Bien que le paiement numérique puisse être rapide, il peut réduire la conscience des dépenses du consommateur. Des études ont montré que les gens sont plus susceptibles de dépenser trop lorsqu’ils utilisent des méthodes sans contact par rapport au fait de remettre de l’argent liquide physique, car ce dernier crée un lien émotionnel plus clair avec l’argent perdu.
L’écosystème croissant des néobanques françaises comme Qonto, N26 et Revolut reflète l’expérimentation en cours dans les paiements numériques, mais les conséquences à long terme sur les habitudes d’épargne, la discipline des dépenses et l’économie des commerçants sont encore en cours d’évaluation.